La question du bien-être animal est une question éminemment subjective. Elle nécessite différentes approches pour s’en faire une représentation la plus exacte possible, d’autant plus que la question doit se poser depuis la naissance de l’animal, jusqu’à sa mort, y compris par euthanasie.
Raisonner de manière rationnelle et factuelle sur un sujet qui touche à l’émotionnel n’est pas chose aisée. D’une manière générale, on peut avoir une « approche intégrée » du bien-être, y faire figurer des indicateurs biologiques, physiologiques … C’est-à-dire considérer le bien-être des animaux dans un contexte donné, privilégier une approche pragmatique et opérationnelle, dans laquelle les faits, les signes que nous envoie l’animal priment sur toute interprétation ou projection de notre part.
Si l’on choisit cette voie, on retiendra les « cinq libertés », principes de base pour assurer le bien-être des animaux (d’après FAWC, 2009) :
- absence de faim et de soif, par la possibilité d’accéder librement à de l’eau et de la nourriture saines pour le maintien d’un bon niveau de santé et de vigueur,
- absence d’inconfort grâce à un environnement approprié, incluant un abri et une aire de repos confortable,
- absence de douleur, de blessures et de maladie, par des mesures de prévention ou un diagnostic rapide, suivi du traitement approprié,
- liberté d’expression d’un comportement normal, grâce à un espace suffisant et des installations adaptées,
- absence de peur et de détresse, en veillant à garantir des conditions de vie et un traitement des animaux évitant toute souffrance mentale.
La notion de « Coping » est également essentielle, comme curseur à placer sur une échelle allant du mal-être au bien-être, en fonction des possibilités d’ajustement de l’individu à l’environnement. Ce qui rappelle que le bien-être est un état mental dépendant de la perception de l’animal.
On tient compte également de ce que l’on connaît de la psychologie cognitive humaine et notamment de la théorie de l’évaluation pour étudier les émotions chez les animaux : les animaux ressentent des émotions en fonction de la perception qu’ils se font d’une situation. Autrement dit, il y a un traitement cognitif de la situation en préalable au déclenchement émotionnel. Par exemple, l’émotion ressentie par votre chat, à qui vous ouvrez la porte pour sortir à l’extérieur, ne sera pas la même selon qu’il fasse grand soleil où qu’il pleuve à verse !
Une des difficultés de la question est la confusion possible entre le bien-être animal (ce que l’animal ressent et perçoit) et la bientraitance (ce que l’homme pense qu’il faut faire pour l’animal). Il ne s’agit pas de projeter sur l’animal ce qu’il nous semble bien, en termes de bonnes pratiques, selon nos propres représentations, mais bien de s’appuyer sur des méthodes, des données et des résultats scientifiques basés sur des observations répétées.
Par exemple, le milieu de vie que nous offrons à notre compagnon doit pouvoir lui garantir le maintien des conditions les plus importantes de son milieu naturel, en matière de ressources alimentaires, de sites de sommeil et de repos et, si l’on choisit cette option, de sites de reproduction et d’élevage des jeunes. Ces ressources doivent être adéquates dans l’espace et dans le temps.
Avoir une idée assez précise de ce qu’est l’animal, en tant qu’espèce d’abord, puis en tant qu’individu, permet de se questionner sur ce qu’on a à lui proposer, penser à ce qu’on lui offre, au regard de ce qu’il est capable de faire ?
Par exemple, dans le milieu de vie proposé à un animal de compagnie, la première contrainte qu’on lui impose est la contrainte spatiale. Or le chat vit dans trois dimensions, alors que le chien vit dans deux dimensions : il y a « hétérogénéité » de l’espace, d’où l’importance de pouvoir laisser votre chat accéder à des espaces en hauteur, comme des meubles, des étagères ou encore des arbres à chats suffisamment hauts et stables, s’il n’a pas accès à l’extérieur.
Pour pouvoir mettre en œuvre ces mesures il faut connaître toutes les spécificités de l’individu, ses capacités, et apporter une réponse à ces capacités. Il faut évaluer les réponses comportementales de l’animal ; cela demande une certaine analyse, et de l’humilité de la part de l’humain.
Autre exemple, le chat ayant beaucoup de périodes de repos qui se succèdent au cours du jour et de la nuit, son bien-être dépend parfois de notre résistance à la frustration de ne pas aller le déranger pour lui « faire des papouilles », le toucher étant un sens très utilisé par l’espèce humaine !
Pour aller plus loin sur le sujet : Article INRA